Impact de l’immigration sur le marché du travail

De nombreux économistes défendent l’impact positif de l’immigration sur l’économie de notre pays. Les nouveaux arrivants vont combler la pénurie de main d’oeuvre locale, tant pour les emplois sur-qualifiés (doctorants, médecins, informaticiens, …) qui sont en tension que pour les emplois sous-qualifiés (livreurs à vélo, éboueurs, femmes de ménage, …) qui sont délaissés par les locaux.

Dans le secteur médical, par exemple, une grande partie des spécialistes sont d’origine étrangère et vue la difficulté pour obtenir un rendez-vous, les français sont très heureux de faire appel à eux. Cela n’empêche pas de s’interroger sur la pertinence de ce système.
Pour les pays d’émigration en premier lieu. Ceux-ci, malgré des moyens financiers limités, ont décidé d’investir dans la formation de médecins afin de mieux soigner leur population. En fin de compte, cet investissement profite à des pays riches au détriment de leur propre système de santé.
Du côté des pays d’immigration, en dehors de l’aspect moral, on peut considérer qu’ils n’ont que des avantages. Cependant le manque de formation en France revient à priver des jeunes français du métier de leur choix. Ceux-ci doivent alors se rabattre sur des professions socialement et économiquement moins prestigieuses. Prenons la métaphore de l’échelle sociale qui représente le marché du travail avec les emplois les plus prestigieux en haut et les moins intéressants en bas de l’échelle. Si des emplois situés sur les derniers barreaux de cette échelle sont occupés alors les français qui auraient pu y prétendre doivent se positionner sur le barreau du dessous et donc obliger à leur tour ceux qui devraient y être normalement à descendre eux aussi d’un cran. Par effet domino, ce sont des milliers de français qui se retrouvent à occuper des emplois inférieurs à ce qu’ils auraient pu espérer dans un système fonctionnel. Cela est également valable pour les autres métiers de la santé, les ingénieurs, les informaticiens, …

Regardons maintenant de l’autre côté du spectre avec les emplois sous qualifiés et mal payés que les français n’auraient pas le courage d’effectuer. Parmi ceux-ci, on peut citer les livreurs de plats à emporter (Deliveroo, Uber Eats, …) qui sont essentiellement issus de l’immigration récente. Il faut déjà se rappeler que cela n’a pas toujours été le cas. Quand ces plateformes se sont installées, elles ont d’abord employé majoritairement des étudiants sportifs qui voyaient là un moyen de financer leurs études. Ce sont les conditions de travail de plus en plus difficiles qui ont amené peu à peu le remplacement des étudiants.
En prenant de la hauteur, on peut s’interroger sur le modèle économique de ces plateformes qui ne peuvent fonctionner sans exploiter leurs employés.
Dans un modèle idéal :
1/ Soit les marges sont suffisantes et les plateformes doivent réduire leur part et la partager avec leurs employés
2/ Soit elles ne le sont pas et c’est aux clients de payer plus cher.
3/ Si les 2 premières solutions ne sont pas possibles c’est que le modèle économique de ces services est défaillant, Dans ce cas c’est le processus de « destruction créatrice » qui doit être à l’oeuvre et ces plateformes doivent disparaitre pour être remplacées par d’autres économiquement viables.

En dehors de cet exemple particulier, cela est valable pour de nombreux autres métiers précaires non délocalisables : serveurs, femmes de ménage, ouvriers de bâtiment, … Ça ne devrait pas être aux plus précaires de baisser leur niveau de vie pour que les plus riches puissent augmenter la qualité de la leur. Le Brexit nous montre que si les employeurs n’ont plus accès à une main d’oeuvre immigrée à bas coûts alors ils trouvent les moyens d’offrir de meilleures conditions de travail à leurs employés locaux.

Pour conclure, l’immigration peut servir à combler ponctuellement des manques de main d’oeuvre spécifique. Cependant si elle devient nécessaire au fonctionnement normal de pans entiers de l’économie, elle révèle un dysfonctionnement structurel qui doit être corrigé afin d’offrir à chaque français les opportunités et le niveau de vie auquel il peut prétendre.