Bilan du pass sanitaire

Le 12 juillet 2021, le président Emmanuel Macron a annoncé un renforcement du pass sanitaire afin de lutter contre l’épidémie de Covid-19 avec notamment son extension dans lieux de loisir et de culture dès le 21 juillet de la même année.
Alors que le gouvernement envisage de le transformer en pass vaccinal pour le début de l’année 2022, un premier bilan s’impose.

L’instauration de ce pass sanitaire renforcé visait en premier lieu à lutter contre les contaminations et à stopper l’apparition de vagues épidémiques successives. Force est de constater que sur ce point le pass sanitaire n’a pas rempli son rôle puisqu’il n’a pas permis d’enrayer les contaminations. Cet hiver, à l’occasion de la « 5ème vague », le nombre de cas positifs par jour n’a jamais été aussi important et dépasse les records de l’année 2020.

Le gouvernement a depuis changé son fusil d’épaule et a admis que le véritable but du pass sanitaire était d’inciter à la vaccination. Pour vérifier si cela a fonctionné, remettons-nous dans le contexte de l’époque. La vaccination avait commencé timidement en décembre 2020 avant de s’amplifier progressivement en 2021, sur fond de pénuries de vaccins. Pendant longtemps le taux de vaccination a été dépendant des doses disponibles et non de la motivation des français à se faire vacciner, chaque dose trouvant rapidement preneur. Le gouvernement avait d’ailleurs décidé à l’époque de gérer cette pénurie via un calendrier élargissant progressivement le public autorisé à se faire vacciner. Ces restrictions n’ont cessé que le 31 mai pour les plus de 18 ans (et le 12 juin pour les 12-17 ans) et même alors il était très compliqué de se faire vacciner, des applications comme Vite Ma Dose permettaient d’être à l’affut de chaque créneau disponible et les plus motivés n’hésitaient pas à faire plusieurs dizaines (voir centaines) de kilomètres.

Donc si on considère qu’il fallait 35 jours entre 2 injections ARN (réduit depuis à 21). Une personne lambda qui s’était fait vacciné le plus tôt possible, c’est-à-dire dès le 31 mai, pouvait faire sa 2ème dose le 5 juin et avoir un pass actif le 12 juillet (7 jours plus tard), soit le jour de l’allocution d’Emmanuel Macron. Celle-ci apparait donc pour le moins prématurée.
Même si on avait pu constater un léger ralentissement des premières injections début juillet, celui-ci semble être plutôt lié à un problème d’organisation pendant cette période de vacances qu’à une défiance des français envers le vaccin.

Quoi qu’il en soit, presque 6 mois plus tard, il est intéressant de comparer le taux de vaccination en France avec celui d’autres pays européens ayant adopté une stratégie plus libérale, laissant la population d’avantage libre de son choix : l’Espagne (pass seulement au niveau local), la Finlande (pass optionnel), la Norvège (pass seulement au niveau local) et la Suède (pass optionnel pour les évènements de plus de 100 personnes)

Pays+ de 60 ans50-59 ans25-49 ans18-24 ans< 18 ansTous
France88,885,179,780,32472,4
Espagne988976,771,626,774,9
Finlande94,68780,174,225,974,4
Norvège98,693,783,581,99,572,8
Suède93,689,278,77211,269
Europe des 2889,583,376,471,617,467,8

pastedGraphic.pngSource : ECDC – vaccinetracker.ecdc.europa.eu, schéma vaccinal complet au 22/12/2021

On constate que la France a un taux de vaccination comparativement plus faible pour les plus de 50 ans mais plutôt élevé pour les moins de 24 ans. Le pass sanitaire a donc eu un effet notable sur la vaccination des plus jeunes mais son effet semble limité, voire contre-productif pour les plus anciens. La France accuse d’ailleurs un retard sur la vaccination des plus de 60 ans (les plus à risque) y compris par rapport à la moyenne européenne.

Le bilan du pass sanitaire est donc très discutable : il n’empêche pas la survenue de nouvelles vagues et n’améliore pas la couverture vaccinale des plus à risque. Son seul effet est d’augmenter le taux de vaccination des enfants et des plus jeunes au prix d’une pression maximale sur eux et leurs parents.